Mon père et moi – Introduction

Le Café Psy du 08.09.16

picasso1-autoportrait-1901

Au commencement étaient le père et la mère. Un couple parental. Autrement dit, sans père, il n’y pas de mère « suffisamment bonne ». Nous parlons ici bien sûr de fonction symbolique. Une mère isolée est tout aussi capable de faire exister le père dans le psychisme de son enfant.

C’est d’ailleurs la première des conditions à la construction de la fonction paternelle : que le père soit présent ou non, la mère doit reconnaître son existence et son importance, à travers la validation qu’elle donne à sa parole et l’amour qu’elle lui porte.

Deux autres conditions sont indispensables : cette fonction paternelle doit être portée par un homme, et cet homme doit appartenir à une génération antérieure.

Inutile de préciser (mais nous le précisons tout de même) que nous distinguons clairement la fonction paternelle – c’est à dire l’individu qui joue ce rôle dans la vie de l’enfant, celui qui est désigné par la mère, par la famille élargie, et au delà, par la société – de la paternité biologique. Dans la plupart des cas, il s’agira de la même personne, mais parfois, il s’agira d’un beau-père, d’un oncle, voire d’un grand-père.

Nous avons souvent évoqué, au Café Psy, les fonctions maternelles : nourriture, amour, sécurité. Quelles sont donc les fonctions paternelles ?

Le père est le tiers séparateur entre l’enfant et sa mère. Il est le porteur symbolique de la loi. Il constitue une figure d’identification pour le garçon, et un regard essentiel pour la fille. Enfin, il marque la différence des sexes et des générations.

Reprenons tout ça dans le détail :

Tiers séparateur

Dans un premier temps, pour l’enfant, il y a la mère… et la mère ; dans une relation fusionnelle et donc exclusive, au risque d’ailleurs de l’omnipotence maternelle. Qui dit fusion, dit « le même », « je suis toi », « tu es moi ».

Dans ces premiers mois de la vie, le rôle du père paraît négligeable et pourtant il ne l’est pas, loin de là. A lui, de créer les conditions de cette fusion nécessaire, mais qui ne peut pas, ne doit pas durer. La présence du père aux côtés de la mère va lui permettre d’évoluer vers le rôle  fondamental de « tiers séparateur ».

La fonction paternelle contribue donc à introduire la notion d’altérité. Autour du bébé, il y a une autre personne, différente de sa mère. Cet « autre » différent, amènera le garçon à s’identifier en tant que garçon, et la fille à se différencier en tant que fille. Tout comme il leur permet à tous deux de se reconnaître comme enfant face aux adultes.

Mais surtout, avec les années, l’enfant réalise qu’il n’est pas tout pour sa mère. Un constat certes frustrant, mais déculpabilisant aussi, indispensable pour s’engager dans sa propre vie.

Porteur de la loi

Le père a également un rôle interdicteur. Il pose des limites, il canalise les pulsions de l’enfant. La mère peut difficilement assumer seule et simultanément les fonctions maternelle et interdictrice.

Ce rôle paternel devient plus net au moment de l’oedipe. Le père pose l’interdit de l’inceste. Cet interdit-là, nous y reviendrons, est si douloureux qu’il ne peut être accepté par l’enfant que pour préserver l’amour de ses deux parents. C’est un mouvement affectif, et non la raison, qui permet l’intégration des règles et des limites.

Dans la structuration psychique, c’est donc la symbolique paternelle qui portera à jamais la loi. Cela se vérifiera, adulte, dans les relations à la hiérarchie, beaucoup plus empreintes de la relation au père qu’à la mère.

Différence des sexes et des générations

Vers 3 ans, le petit garçon sait qu’il est un garçon, différent de sa mère, et peut s’engager dans un jeu dynamique d’idéalisation du père, d’identification et de compétition. C’est ce que l’on appelle le complexe d’oedipe.

Avec un père bien installé dans le lit de la mère, l’enfant peut fantasmer et vouloir prendre cette place. Il rencontre alors un idéal, un concurrent, ce père qui va lui signifier que non, vraiment, cette place aux côtés de la mère est déjà prise, non disponible à jamais. Et qu’il se doit d’aller explorer le monde et, plus tard, les autres femmes.

C’est bien là toute la question de l’oedipe. En effet, du côté du garçon, la place du père est une place à prendre, le père, un homme à abattre, et si le fantasme du meurtre du père est une nécessité structurante, l’issue de cette confrontation, c’est à dire l’interdit de l’inceste, offrira à l’adolescent la perspective de l’identification et de l’acceptation du genre masculin.

La petite fille connaît un processus différent mais parallèle qu’on appelle « le complexe d’Electre », du nom de cette héroïne grecque qui venge son père, Agamemnon, en assassinant sa mère.

Différent, car là où le garçon veut séduire sa mère dans la continuité de leur relation fusionnelle, la petite fille devra dans un premier temps renoncer à sa mère pour séduire son père puis, renoncer à lui pour grandir.

Parallèle parce que la fillette découvre son identité féminine en cherchant à séduire son père et en voulant écarter sa mère.

Elle vit un terrible conflit interne entre son attachement de nourrisson à sa mère et sa haine pour cette rivale.

C’est encore le père qui doit la repousser et lui faire comprendre qu’il ne l’épousera pas et n’aura pas d’enfant avec elle.

Toutefois, il portera sur elle un regard bienveillant, la reconnaissant en tant personne féminine et séduisante, bien qu’elle ne soit pas pour lui.

C’est ce regard, ce premier regard masculin, qui lui donnera confiance en elle en tant que femme et lui permettra d’accorder amour et confiance à d’autres hommes. Ses futurs comportements avec les hommes constitueront bien souvent des réponses à ce regard fondateur.

La filiation

Enfin, tout être humain, pour se constituer, a besoin de savoir d’où il vient. Il a besoin d’un père et de savoir qui est ce père. La mère a porté l’enfant, elle sait qu’il vient d’elle. Tout comme l’enfant sait, dans son corps, qu’il vient de sa mère. Le père, lui, doit transmettre ce savoir autrement. Il le fait par la reconnaissance légale et l’attribution de son nom. Il donne une identité sociale. Peu importe pour cela, d’ailleurs, qu’il soit le géniteur. Le nom inscrit l’enfant dans une lignée et dans une histoire paternelle, alors qu’elle va de soi du côté maternel.

Nous avons beaucoup insisté, au Café Psy, sur le rôle fondamental de la mère. Ce soir, nous voyons bien que le père est indispensable !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>